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Extrait du livre La Promesse du Cerisier

Extrait du livre

La Promesse du Cerisier

 Mars 1947

 HENRI

Penché sur sa bêche, il éventre la terre. À chaque pelletée, une terre de belle couleur apparaît. Ce qu’il va semer, planter, donnera de beaux et savoureux légumes, en ces temps difficiles, ils seront les bienvenus.

Il se surprit à penser « La bonne Terre Nourricière », ça lui faisait du bien d’imaginer le futur à travers son jardin.

Il a chaud Henri en cette fin de matinée, il sent les gouttes de sueur dans son cou et sur son front, il attrape sa bouteille et boit au goulot, un mélange d’eau et de vin, enfin vin est un bien grand mot, plutôt une ‘ piquette’ de fin de tonneau de la région, mais ça le désaltère. Il enlève son pull, poursuit ses efforts en maillot de corps sans manche, aéré.

À un moment, il lève la tête et voit Louise sa femme, se diriger vers le poulailler. Les poules, une valeur sûre pour se nourrir de leurs œufs.

Louise, petite bonne femme d’un mètre soixante, épousée à la sortie de la guerre, en juin 1946. Pleine d’énergie, douée de bon sens, finaude juste ce qu’il faut, et de facultés à observer, mine de rien, les autres et son environnement, pas grand-chose lui échappe. Elle dit quelquefois : – « Je n’ai pas besoin d’être grandement intelligente pour comprendre ce qui se passe, il me suffit de voir et d’entendre ».

Louise a toujours été une personne raisonnable. Pour l’heure, elle va au poulailler. Louise prend soin de ses poules, elle s’en occupe, elles lui sont indispensables par la ponte des œufs, ces œufs qui remplacent la viande qu’ils ont rarement aux repas de midi, une denrée rare et chère, pratiquement introuvable. Il faut bien manger, les tickets de rationnements n’y suffisent pas.

Elle aussi voit Henri dans le jardin, elle lui sourit sans s’arrêter. Il est souvent d’humeur triste ces dernières semaines, il est du genre pudique et taiseux son Henri, il ne dira rien de ce qui le mine. Elle devine, pressent ce qui le tourmente. Elle le connaît si bien.

À l’annonce de la mobilisation en septembre 1939, l’inquiétude avait envahi toute la population du village. Tous avaient en survivance la précédente guerre, elle n’était pas si lointaine. Les souvenirs surgis des mémoires angoissaient les aînés.

Une femme, mère de famille, qui voyait partir deux de ses fils, a dit en public sur la place du village, avec de la colère et du chagrin dans la voix – « La guerre, on a bien besoin de ça ! la guerre ça détruit tout, ça laisse des veuves et des orphelins, et un pays dans la misère, c’est ce qui s’est passé en 14-18. C’est exactement ce qui va se reproduire ». Elle était si angoissée ! En elle, la peur de toutes les femmes, de toutes les mères, s’exprimait. Certaines à l’entendre ont eu les larmes aux yeux, les hommes ont détourné la tête, gênés, désemparés, aucun n’a pipé mot.

Âgé de vingt ans, Henri était parti avec un contingent d’appelés dont Mimile. Émile dit Mimile son frère d’enfance, leurs maisons étaient côte à côte, presque mitoyennes. Depuis leurs plus tendres années, ils se voyaient tous les jours, ils avaient grandi ensemble. Ils ne savaient pas encore qu’ils feraient côte à côte cette foutue guerre comme disait son copain. Ils s’étaient retrouvés dans l’armée des Alpes à Voreppe, pour dans un premier temps essayer d’empêcher l’occupation allemande sur la ville de Grenoble.

Les années qui allaient suivre, seraient faites de déplacements de plus en plus difficiles, dans une guerre de plus en plus dure. Plusieurs années à subir l’épouvantable. Pourtant il était parti faire son devoir, comme tous les jeunes hommes de son âge, sans discuter. Il obéissait aux ordres. Lui, ce qui le dérangeait, c’était de laisser sa mère veuve depuis longtemps, et Louise. Sa Louise.

Entre eux rien d’officiel, mais tout le monde savait. Ils s’étaient faits des promesses. Elle l’attendrait, et une fois la guerre finie, ils se marieraient.

Sur le quai de gare, ils s’étaient embrassés avec toute la fougue de leur jeunesse, avec le fervent espoir de se retrouver bientôt.

 

 

 15 février 2018

« Le corps de Maélys a été retrouvé hier, le suspect avoue, et conduit les gendarmes à l’endroit où il a déposé le corps de l’enfant. »

La présentation de l’article tient la moitié de la première page du Dauphiné Libéré (DL), en pages intérieures, plusieurs chapitres font le déroulé de cette journée.

Nous supposions, bien que, le « présumé innocent » était très concerné dans cette affaire, il a été obligé de s’incliner, devant l’évidence d’une petite tache de sang de la fillette, retrouvée sur le tapis du coffre de sa voiture. Aurait-il parlé sinon ? Nous sommes nombreux à en douter.

Pour les parents de Maélys et sa sœur, retrouver son corps, n’est peut-être pas de l’ordre du soulagement, ou de l’apaisement, mais sûrement, celui de l’intime réconfort de récupérer le corps de leur fille et sœur.

Cette famille à qui il est arrivé la pire des choses, a montré beaucoup de courage, de détermination, et est restée digne dans l’épreuve, malgré ses tourments. Ils vont avoir besoin de beaucoup de temps maintenant, pour se « ressourcer », se « retrouver » et continuer leurs vies.

Nous penserons à eux, souvent. Maélys, un visage, une histoire qui ne s’oublient pas.

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Creation date : 10/12/2021 17:58
Category : - Livres - Romans
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