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Extrait du livre Töghril, Loup Bleu

Extrait du livre

Töghril, Loup Bleu

Un mur sans fin, un dragon de pierre barre notre route et protège le pays des Jins. Dans ma tête les cris et la fureur, bruit étourdissant, chocs métal contre métal, métal contre peau, de la poussière, des cris de poussière et du sang, du sang… tumulte enfermé dans mon crâne sans espoir de sortie.

J’appartiens au clan du loup bleu. Je suis le neveu du grand Kahn, le fils de Kachium, frère de Temudjin. Nous sommes une ribambelle de son sang et rien ne me distingue des autres mais, de droit, j’ai rang de commandant dans son armée. Le vieux tigre avait encore faim de territoires, de steppe et de sable et il lançait nos troupes aux confins de son empire. J’avais combattu au nord et à l’Ouest, mais je n’étais jamais venu si loin au levant.

Nous nous étions mis en route au premier quartier de la lune pour arriver en lune noire, dévorant les lieues, des centaines et des centaines de lieues. Chaque croisée de chemin grossissait nos troupes, jusqu’à devenir une armée, des milliers d’hommes et plus encore de chevaux. Ni piétaille ni chariots lourds et pas de machine de guerre. Des cavaliers, une nuée de cavaliers qui noircit la terre et la fait monter aux cieux en poudre d’or, des guerriers rapides et tranchants. Et le monde tremble devant nous. En quelques semaines, nous étions à la frontière, stoppés par ces fortifications qui bouchent l’horizon. Depuis des années des caravanes nous parlaient de ce mur des géants ; mais ces gens-là colportent autant d’histoires et de légendes qu’ils transportent de pièces d’étoffe, de sacs de sel ou de blé, et d’un ruisseau ils font un océan. Mais là, c’était inimaginable. Notre cavalerie, forte de milliers d’archers, notre cavalerie qui fait vaciller les empires, était bloquée par ce maudit mur depuis le matin.

Quelques patrouilles furent lancées le long du monstre de pierre pour trouver un passage, une faiblesse. Nous avons usé les chevaux pendant des heures : le mur, toujours le mur ! Haut, large, infranchissable…

Nous sommes « Peuple du vent », habitué à la poursuite. La course et la traque sont dans notre sang mais là, le dragon occupait tout l’espace, affalé sur les montagnes, tapi dans les vallons, son échine hérissée de tours de guet, la gueule de ses canons dirigée vers l’extérieur, vers notre armée, prête à vomir le feu et la mort. Nos montures, blanches d’écume, avaient ralenti leur course et les huit hommes de mon escouade échangeaient des regards incertains.

Nous ne connaissons pas la peur, mais nous savons le danger et nous l’avons senti là, condensé au pied de ce mur, juste derrière cette anomalie dans la construction qui pouvait ressembler à une porte dissimulée. Tout comme nous, les chevaux en respiraient les vapeurs et piaffaient, reculaient, se cabraient même. Nous nous sommes éloignés d’une longue portée de flèche et nous avons fait halte. Suivant les préceptes du grand Khan, j’ai observé. Rien ne sert de se lancer tête baissée dans les nasses de l’ennemi, comme le font encore les clans du nord. Observer d’abord, étudier le terrain, évaluer les forces, prévoir l’impact des deux armées, les possibilités de repli, regarder, écouter, sentir, tous les sens en éveil, comme un loup avant la chasse. Les battements de nos cœurs mêlés à ceux des chevaux couchés contre nous, nous avons attendu et attendu encore. Dans notre dos, le soleil se couchait, incendiant le dragon de tout son or. C’est à ce moment qu’une portion du mur se mit à coulisser.

C’était bien une porte ! Une grande porte qui livrait passage à une trentaine de cavaliers plus lourdement harnachés que nous, portant casques et armures en métal et juchés sur des chevaux lourds et raides. J’ai vu des sourires monter aux lèvres de mes hommes. Nous avions tous la même pensée : sur une course d’une lieue, nous leur en rendions la moitié. Ils étaient équipés pour le combat au corps à corps, épées, lances et dagues. Pas d’arc. Empêtrés dans leur équipement de plomb, ils étaient vulnérables et nous aurions tout loisir de leur donner le tournis par les voltes agiles et nerveuses de nos chevaux avant de porter le coup décisif.

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Creation date : 10/12/2021 18:22
Category : - Livres - Romans
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