Texte à méditer :   Pourquoi vouloir faire compliqué ? Essayez avec les Editions Bookisere, simplement ...   PATMAX
Vous êtes ici :   Accueil » Extrait du livre Signe Particulier
    Imprimer la page...

Extrait du livre Signe Particulier

Extrait du livre

Signe Particulier

 Signe Particulier

Il sait le matin frais, gai et agréable, de ce lundi huit septembre, s’installer indélébile comme un marqueur de sa vie.

L’ami 6 est heureuse, elle déroule ses virages penchés, comme une « titine » endiablée, qui embrasse la descente sinueuse complice d’une aventure hardie. Bruno chantonne au volant : 1969, année érotique, et pourtant ce jour d’embauche ne l’est pas vraiment.

Toutefois, l’existence s’offre à lui, il a sa tête pleine de projets, gonflée d’audace, il renaît. Jeune adulte, il chasse de son esprit ses seize mois de service militaire, cet enfermement qui ne lui aura servi qu’à la meilleure appréciation du sel de la liberté. La route se détord, se redresse, le soleil au bout de l’horizon à gauche, pointe son feu ; un train de marchandises le dépasse, tout semble le suivre, l’accompagner ou le précéder, tout dans le même sens, comme une manifestation, voire une conspiration. Le Rhône court, nerveux, tenu en laisse par ses rives. Tels des vigiles, une multitude d’arbres en
rangées ordonnées l’observent, statiques et tristes de leurs fruits perdus.

Il voudrait se laisser distraire par ce paysage, se
rassurer suffisamment grâce à l’amplitude de sa motivation et de sa détermination, évacuer l’anxiété de sa jeune tête, mais il n’y parviendra pas.

Lui reste un trac qui monte en lui, inexorable, têtu, cette appréhension lui perturbe son chant, il n’est pas si aisé de s’approprier sa vie d’homme.

Il sait devoir subir un chapelet de bouleversements et l’inconnu ; il va vivre seul, en déplacement, nouvelles villes et régions, nouvelles entreprises, ces découvertes sont attirantes par curiosité, mais avec pour rançon à ces changements, un certain trouble. Il devient urgent de se raisonner, l’optimisme est sa meilleure arme, il se persuade de la parfaite maîtrise de son métier, c’est son point fort, il se rassure, il a l’âge des certitudes, pourquoi se chercher la peur ? Il arrête le vieux et vaillant petit moteur, il est à cent cinquante-cinq kilomètres de sa ville de naissance, pas de quoi paniquer !

Comme convenu, il se présente à l’entrée du site du CEA de Pierrelatte, téléphone au numéro interne de l’entreprise ; on vient le rejoindre, il doit patienter dans sa voiture. La 4 L camionnette à l’emblème de cette société se rapproche, la vitre à coulisse récalcitrante laisse déborder une main qui l’invite à suivre le conducteur, les deux véhicules s’enfoncent dans la ville et bientôt s’immobilisent à l’entrée de l’hôtel Terminus.

L’été a cuivré le teint de ce chef de chantier qui s’avance vers Bruno, d’un pas volontaire, le regard dur et pertinent, il semble être sous l’emprise de soucieuses préoccupations : présentation plus que sommaire, découlant sur une explication brève et empressée :

— On vous a loué une chambre pour deux jours en
pension complète, le prix est celui de votre indemnité de déplacement : vingt-huit francs. À vous de poursuivre ou de trouver mieux, l’indemnité elle, ne changera pas. Je vous attends, prenez vos clefs et posez vos bagages dans votre chambre, ensuite vous me suivrez au chantier.

Bruno réagit avec la correction de se sentir obligé de s’exécuter au plus vite, le ton n’est pas à la décontraction.

La journée de labeur se déroule plutôt besogneuse mais agréable, avec une exigence de savoir-faire et d’application, mais il se rassure, cela reste dans ses cordes.

Au soir de sa deuxième journée, il se décide à chercher un nouvel hôtel, sa nuit a été trop bruyante, il avait l’impression de dormir sur la voie ferrée. C’est l’occasion de se familiariser avec cette petite ville, d’ailleurs il en aura vite fait le tour sans trouver de solution, il va devoir étendre ses recherches vers la localité d’en face, Bourg-Saint-Andéol, qui présente l’avantage de se situer dans son département de naissance. Il ressent l’étrange sensation de se trouver plus à sa place à la droite du Rhône. Bien que persévérante et organisée, sa tournée reste infructueuse ; le voilà prêt à se résigner et à dormir encore plusieurs jours dans l’antichambre de la guerre des ferrailles. Pour demain, il se promet de trouver un bottin, et de continuer ses recherches de façon plus rationnelle au téléphone.

Il n’y a pas mieux que le soir sous les lumières, pour découvrir l’enseigne d’un petit hôtel. Au loin la bâtisse se distingue maintenant, blottie entre les rangées de maisons alignées sur les quais du fleuve.

 

Signe-particulier.png

Liv2-Bouvet-V.jpg


Date de création : 10/12/2021 18:46
Catégorie : - Livres - Romans
Page lue 2811 fois

Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !